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Echos du congrès 2026 de l'European Stroke Organisation (Eso)

L’European Stroke Organisation (Eso) réunit des chercheurs européens spécialisés dans les AVC des sociétés nationales et régionales de lutte contre les AVC, ainsi que des associations de patients, fondée en décembre 2007 par la fusion du Conseil européen de l’AVC (ESC) et de l’Initiative européenne de lutte contre l’AVC (EUSI). Le congrès 2026 de l’Eso s’est tenu à Maastricht (Pays-Bas) du 6 au 8 mai.

Contrôle de la pression artérielle après la thrombectomie

Après une thrombectomie pour AVC ischémique, il est recommandé de maintenir une pression artérielle systolique en dessous de 180 mm Hg pendant 24 heures, mais de ne pas descendre en dessous de 140 mm Hg au cours des 72 heures en cas de revascularisation complète ou presque. L’essai Hope  a inclus 442 patients avec un AVC de la circulation antérieure lié à une occlusion d’un gros vaisseau ayant subi une thrombectomie, randomisés entre un contrôle de la pression artérielle systolique pendant 72 heures à 140-160 ou 100-140 mm HG selon la revascularisation obtenue et la valeur jusue là recommandée. 60% des patients du premier groupe ont obtenu une évolution fonctionnelle favorable à trois mois, contre 47 % dans le groupe contrôle. Le contrôle adapté à la revascularisation était en outre associée à un risque réduit de transformation hémorragique. Le taux de décès était similaire dans les deux groupes.

Valeurs cibles de la pression artérielle pendant la thrombectomie

L’étude multicentrique Masterstroke a inclus 562 patients avec un AVC de la circulation antérieure dû à une occlusion d’un gros vaisseau, randomisés en double aveugle entre la valeur cible de 140 et 170 mm Hg maintenue au cours de la thrombectomie, alors que la valeur cible recommandée est entre 140 et 180 mm Hg. Les patients des deux groupes ont été comparés sur la base du score mRS qui consiste à catégoriser le niveau d’indépendance fonctionnelle en fonction des activités pré-AVC. A trois mois de suivi, la différence entre les groupes n’était pas significative, tout comme le taux d’hémorragie cérébrale et la mortalité.

Refroidissement cérébral associé à la thrombectomie

L’essai multicentrique chinois Chill-Art a inclus 262 patients dans les 24 heures suivant un AVC, randomisés entre thrombectomie associé à un refroidissement cérébral par perfusion de 350 mL de solution saline à 4°C et thrombectomie avec autant de solution saline à température ambiante. Le score mRS à 3 mois des patients du premier groupe était augmenté de façon statistiquement significative par rapport à ceux du second. La mortalité n’était pas différente, comme le taux d’hémorragie cérébrale symptomatique. Cette conclusion positive de l’essai Chill-Art n’était pourtant pas confirmée par les résultats d’un autre essai chinois, Focus, portant sur 258 patients, les patients du premier recevant 50 mL de solution saline à 4°C dans la zone ischémiée à l’aide d’un micro-cathéter à un taux de 10 mL/min puis, après revascularisation, le refroidissement était maintenu par deux nouvelles perfusions à 22 mL/min pendant 10 minutes, à 10 minutes d’intervalle. Dans cet essai, le score mRS n’était pas différent mais par contre l’hypothermie était associée à un risque réduit d’hémorragie cérébrale dans les 24 heures, mais le taux des hémorragies symptomatiques et la mortalité étaient similaires entre les deux groupes. D’autres études seront donc nécessaires pour trancher sur l’intérêt du refroidissement cérébral associé à la thrombectomie.

Thrombectomie pour les AVC par occlusion des vaisseaux de taille moyenne ou petite

Les résultats à 3 mois des deux essais Distal et Escape-MeVo présentés au congrès 2025 Stroke de l’Amercian Heart Association à Los Angeles avaient montrés que la thrombectomie n’avait pas réduit le risque de handicap ou de décès chez des patients avec un AVC lié à l’occlusion d’un vaisseau de calibre moyen ou petit (voir notre publication du 9 mars 2025). Le suivi à un an de ces deux essais présenté au congrès 2026 de l’Eso confirme les premiers résultats. La thrombectomie par rapport aux soins usuels n’a pas permis d’apporter une amélioration à un an (score mRS et mortalité) chez les patients avec un AVC par occlusion d’un vaisseau de taille intermédiaire.

Réduction intensive de la pression artérielle chez les patients atteints de fibrillation auriculaire

L’essai Craft a inclus 1 676 patients chinois et japonais atteints d’une fibrillation atriale (FA) paroxystique ou persistante et présentant au moins un autre facteur cardiovasculaire (antécédents d’AVC, d’embolie systémique, diabète de type 2, coronaropathie, artériopathie périphérique…), randomisés entre une réduction intensive de la pression artérielle systolique et un traitement classique, la différence étant en moyenne de 8,3 mm Hg à l’issue d’un suivi de 2 ans et demi. Le critère d’efficacité composite portait sur la survenue de décès cardiovasculaires, d’AVC, d’infarctus du myocarde et l’hospitalisation pour insuffisance cardiaque. L’analyse des données a montré un résultat non significativement différent entre les deux groupes. L’incidence des événements indésirables graves était également similaire.

Ténectéplase avant thrombectomie

L’essai multicentrique TNK-Plus a inclus 391 patients avec AVC par occlusion du segment M1 ou de la partie proximale du segment M2 de l’artère cérébrale moyenne, présentant à l’imagerie cérébrale du tissu cérébral pouvant être sauvé, randomisés en ouvert entre la ténectéplase en intraveineuse, entre 4,5 et 24 heures suivant la survenue de l’AVC, avant la thrombectomie et la thrombectomie seule. A 3 mois, l’évolution fonctionnelle favorable, la mortalité et l’incidence des hémorragies cérébrales symptomatiques dans les 36 heures suivant la randomisation n’étaient pas différente dans les deux groupes.

Association tirofiban-ténectéplase

L’essai multicentrique chinois Instant a inclus 359 patients avec notamment un AVC non cardio-embolique et sans occlusion de vaisseau de gros calibre ou de taille intermédiaire, non éligibles à la thrombectomie. Tous ces patients ont été traités par ténectéplase mais avec une réponse insuffisante dans les 4 à 24 heures. Ils ont alors été randomisés entre tirofiban (antiagrégant plaquettaire déjà largement utilisé dans l’infarctus du myocarde) en bolus intraveineux pendant 30 minutes suivi d’une perfusion continue et placébo. Un traitement antiplaquettaire a été ajouté 44 heures après la thrombolyse dans le groupe tirofiban et 24 heures après dans le groupe placebo. A 3 mois, 64 % des patients du groupe tirofiban présentaient une très bonne récupération contre seulement 52,5 % pour ceux du groupe placébo, différence significative au plan statistique. La mortalité à 3 mois n’était pas différente. Un patient du groupe tirofiban a présenté une hémorragie intracérébrale symptomatique dans les 48 heures après injection contre aucun dans le groupe placébo.

Double traitement antiagrégant plaquettaire oral et thrombolyse

L’essai multicentrique chinois Tapis a inclus 1 382 patients avec un AVC ischémique, non candidats à la thrombectomie, randomisés entre l’ajout d’un double traitement antiagrégant plaquettaire oral ou un placebo, dans les six heures suivant le début des symptômes, avant, pendant ou après la thrombolyse. Le traitement antiagrégant consistait en une dose de charge de 100 mg d’aspirine et de 180 mg de ticagrélor le premier jour puis en 9 mg deux fois par jour de ticagrélor les jours 2 à 7. Tous les patients ont par ailleurs reçu en ouvert de l’aspirine à 100 mg les jours 2 à 90. L’évolution fonctionnelle a été nettement améliorée pour 69 % des patients du groupe antiagrégant plaquettaire contre seulement 62 % pour le groupe placébo, différence statistiquement significative compte tenu du nombre de patients inclus. L’incidence des hémorragies cérébrales symptomatiques  dans les 36 heures suivant l’administration du traitement antiplaquettaire ou du placebo n’était pas différente dans les deux groupes. Du fait des caractéristiques génétiques de la population sud-est asiatique au regard des médicaments antiagrégants plaquettaires, les résultats de cet essai ne sont pas nécessairement généralisables.

Anticoagulation d’un an après thrombose veineuse cérébrale

L’étude portugaise Excoa-CVT a inclus 1 257 patients avec thrombose veineuse cérébrale, dont 64,4 % dans une étude observationnelle et 35,6 % randomisés entre le traitement anticoagulant habituel de 3 à 6 mois et un traitement plus long. A deux ans, le taux de survenue d’événements thrombo-emboliques veineux chez ces derniers n’était statistiquement différent dans les deux groupes. Dans l’étude observationnelle, certains patients étaient traités dans des centres où le traitement anticoagulant était administré durant un an et les autres dans des centres avec un traitement de durée habituelle. L’étude observationnelle n’a pas montré non plus de différence concernant la survenue d’événements thrombo-emboliques veineux. L’incidence d’événements hémorragiques était également comparable dans les deux études.

Tirofiban et thrombectomie

L’étude chinoise Attraction a inclus 1 380 patients avec un AVC ischémique de la circulation antérieure par occlusion d’un gros vaisseau, ayant bénéficié d’un thrombectomie obtenant une recanalisation complète ou presque. Généralement, une part notable de patients ne parvient pas à récupérer totalement sur le plan fonctionnel malgré une recanalisation réussie. Dans cet essai, les patients ont randomisés en double aveugle entre le tirofiban en bolus intra-artériel puis en perfusion intraveineuse pendant 24 heures et un placebo. La probabilité de bonne récupération fonctionnelle était augmentée de manière significative de 15 % pour les patients du groupe tirofiban. L’ajout du tirofiban n’a pas augmenté de manière significative le risque d’hémorragie intracérébrale symptomatique et la mortalité à trois mois était également sans différence significative entre les deux groupes.

Efficacité de la thrombectomie dans les AVC de grande taille confirmée par une méta-analyse

Le score Aspects (Alberta Stroke Program Early CT Score) est un score de décroissance commençant à 10 utilisé depuis 2001 pour quantifier le territoire ischémié sur une image de scanner cérébral sans injection. Des chercheurs américains ont mené une revue systématique de la littérature puis une méta-analyse des données individuelles des patients avec un noyau ischémique étendu sur la base d’un score Aspects de 5 points maximum ou d’un volume d’au moins 50 mL, traités par thrombectomie dans les 24 heures suivant le début de l’AVC. Un laboratoire central d’imagerie a réévalué les scores Aspects et ré-analysé le volume du noyau ischémique, puis une méta-analyse a été réalisée à partir des données de 1 886 patients. Globalement, à trois mois de suivi, la distribution des scores mRS (échelle de Rankin modifiée) d’évolution fonctionnelle était significativement en faveur de la thrombectomie. La mortalité était également significativement réduite chez les patients traités par thrombectomie et l’incidence des hémorragies cérébrales symptomatiques était similaire pour le groupe contrôle. Cette méta-analyse est en faveur de la thrombectomie dans un délai de 24 heures en cas de noyau ischémique étendu, sauf chez les patients avec un volume supérieur à 150 mL.

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